La CAN 2025 organisée au Maroc n’est pas un simple tournoi : c’est un rendez-vous qui réveille une histoire longue et souvent douloureuse pour les supporters. Depuis la finale de 2004, le Maroc a enchaîné des campagnes frustrantes, des éliminations précoces et des scénarios qui laissent des traces dans la mémoire collective. À l’approche de 2025, un paradoxe s’installe : le pays dispose d’une génération forte, portée par l’exploit du Mondial 2022, mais l’attente autour de la CAN reste intacte, presque obsessionnelle. L’enjeu est double : performer sportivement… et survivre mentalement à la pression d’un tournoi “à la maison”.
Une blessure ouverte depuis 2006 : pourquoi la CAN “fait mal”
Pendant des années, la CAN a ressemblé à une suite de rendez-vous manqués pour le Maroc. Après 2004, les campagnes de 2006 et 2008 ont laissé l’image d’un groupe incapable de transformer son potentiel en parcours solide. Les éditions 2012 et 2013, marquées par des sorties de groupes, ont renforcé l’idée d’un blocage récurrent. Même quand une dynamique semblait naître — notamment en 2017 avec un retour au second tour — l’histoire s’est terminée sur une élimination frustrante contre l’Égypte, sur un détail qui coûte cher. En 2019, l’ambition était élevée et l’élimination a fait mal, dans un contexte tendu, avec des remous autour d’Abderrazak Hamdallah. Puis 2021 a ajouté une nouvelle couche de frustration, encore face à l’Égypte, malgré une situation favorable au départ.
2023 : le choc qui reste dans les têtes
L’élimination contre l’Afrique du Sud en 2023, alors que le Maroc apparaissait comme l’un des favoris, a marqué un tournant émotionnel. Elle a laissé un sentiment de gâchis, d’autant plus fort qu’elle est survenue après l’exploit du Mondial 2022.
Mondial 2022 : une fierté historique, mais la CAN reste l’obsession
La demi-finale de Coupe du monde en 2022 a offert un sommet sportif inédit et une fierté immense. Mais dans l’imaginaire populaire, la CAN garde une place particulière : c’est “l’amira s-samra”, le trophée continental qui manque au palmarès moderne et qui pèse sur plusieurs générations. Le discours est clair : la Coupe du monde a prouvé que le Maroc pouvait défier l’élite mondiale, mais elle n’a pas effacé le besoin de gagner l’Afrique. La CAN 2025 est donc présentée comme un moment de vérité : l’occasion de transformer une génération brillante en génération victorieuse sur le continent.
CAN 2025 à domicile : une pression multipliée pour Regragui et son groupe
Organiser la CAN au Maroc change la nature du tournoi : l’équipe ne jouera pas seulement contre ses adversaires, mais aussi contre l’attente d’un peuple. La pression sera médiatique, populaire, permanente — et chaque faux pas prendra une dimension disproportionnée. Dans ce contexte, Walid Regragui est annoncé comme l’homme le plus exposé du pays football : il porte le projet sportif, mais aussi l’émotion nationale. Les matchs amicaux, la préparation, la communication, le choix des cadres… tout sera interprété. La difficulté ne sera pas de “bien jouer”, mais de rester stable quand la tension grimpe et quand l’opinion publique exige des preuves, tout de suite.
Les raisons d’y croire : forme récente et puissance offensive
La dynamique récente donne des arguments : la lecture par “les dix derniers matchs” sert de thermomètre de forme, et l’impression générale est positive, avec une série de résultats qui nourrit la confiance. Sur le plan offensif, le Maroc dispose d’options solides et complémentaires : Youssef En-Nesyri, Soufiane Rahimi et Ayoub El Kaabi représentent trois profils capables de peser en tournoi. L’effectif peut aussi s’appuyer sur des joueurs capables de créer un décalage dans des matchs fermés — et c’est précisément ce type de profil qui décide souvent une CAN. Dans cette logique, Brahim Díaz est présenté comme une arme technique majeure, capable de produire un “moment” qui change un match.
Saibari, le facteur X
Ismaël Saibari apparaît comme un joueur clé : forme, efficacité, confiance, et capacité à influencer le dernier tiers. Dans une CAN souvent verrouillée, ce type de profil peut faire basculer une rencontre sur une action, un appel, ou une décision juste.
Le vrai chantier : une défense qui inquiète et des “certitudes” à rediscuter
Le point sensible se situe derrière. La question n’est pas le talent, mais la garantie : qui est réellement “indiscutable” dans l’axe, aujourd’hui ? Romain Saïss ne représente plus la même sécurité aux yeux de certains observateurs, notamment face à la vitesse et à la profondeur, des situations qui ont déjà posé problème. Nayef Aguerd, malgré son importance, reste exposé aux aléas des blessures et du rythme. Adam Masina manque de continuité de jeu, et l’équilibre global de la ligne défensive nécessite des choix clairs. D’où l’idée d’augmenter les tests en amicaux, de chercher la complémentarité la plus fiable et d’installer des automatismes avant que le tournoi ne commence.
Le débat Ben Seghir : talent ou impact immédiat ?
Elyes Ben Seghir est considéré comme un joueur talentueux, mais la question posée est simple : est-ce que son profil apporte, dès maintenant, un impact direct suffisant pour une CAN à très haute pression, où chaque minute compte ?
La clé finale : le mental, la gestion du stress et la croyance collective
Au-delà des systèmes et des choix d’hommes, la CAN 2025 sera un test psychologique. Le Maroc jouera avec une pression qui peut écraser un favori… ou le transcender. Le facteur décisif sera la capacité du groupe à entrer dans les matchs avec une conviction totale, à dépasser la fatigue, à encaisser les moments difficiles, et à rester uni quand la nervosité gagne le stade. La conclusion est nette : tactique et technique sont indispensables, mais sans “mindset” et sans gestion du stress, la meilleure équipe peut tomber. Et au Maroc, en 2025, la dimension émotionnelle sera partout — elle peut devenir l’arme principale… ou le piège fatal.
